
Lorsque Donald Trump affirme que les États-Unis ont « besoin du Groenland pour leur sécurité nationale » et que le Danemark ne serait pas capable d’en assurer la gestion, il ne s’agit ni d’une provocation isolée ni d’un simple effet de communication. Ces propos s’inscrivent dans une logique géopolitique profonde, ancienne et structurante de la politique étrangère américaine.
Le Groenland, vaste île recouverte à près de 80 % par la glace, longtemps perçue comme marginale, est devenu l’un des territoires les plus convoités du XXIᵉ siècle. 1
L’intérêt des États-Unis pour le Groenland remonte à 1867, la même année que l’achat de l’Alaska. À l’époque déjà, Washington voyait dans l’Arctique un prolongement naturel de sa sphère d’influence stratégique.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis installent des bases au Groenland afin de sécuriser l’Atlantique Nord et empêcher l’Allemagne nazie d’y prendre pied.
Durant la Guerre froide, le Groenland devient un maillon essentiel du dispositif de défense contre l’Union soviétique, notamment pour la détection précoce des missiles balistiques.
Aujourd’hui encore, cette logique perdure avec la Pituffik Space Base, pivot de la surveillance antimissile et spatiale américaine.
Sur le plan militaire, le Groenland est une plateforme avancée. Sa position permet :
Avec la montée des tensions entre les États-Unis, la Russie et la Chine, l’Arctique n’est plus une zone périphérique. Il est désormais un nouveau théâtre de rivalités militaires. 2
Au-delà de la dimension militaire, le Groenland attire par son sous-sol exceptionnellement riche :
Dans un monde où la transition énergétique dépend de ressources critiques largement contrôlées par la Chine, le Groenland représente pour Washington une assurance stratégique à long terme.
La fonte accélérée de la banquise ouvre progressivement de nouvelles routes maritimes arctiques, réduisant considérablement les distances entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord.
Contrôler l’Arctique, c’est potentiellement contrôler les futures autoroutes du commerce mondial.
Dans ce contexte, laisser le Groenland hors d’une influence américaine forte est perçu à Washington comme un risque stratégique majeur.
Le Groenland dispose d’une large autonomie depuis 1979, mais reste rattaché au Danemark pour les affaires régaliennes, notamment la défense et la diplomatie.
Cette situation crée une tension permanente entre :
Les déclarations de Trump ont provoqué une réaction ferme de la Première ministre danoise Mette Frederiksen, rappelant que toute remise en cause de la souveraineté danoise menacerait directement l’équilibre de l’OTAN.
Le Groenland ne peut être analysé isolément. Il s’inscrit dans une série de tensions et de pressions exercées par les États-Unis sur plusieurs zones stratégiques :
Le Groenland n’est ni un caprice présidentiel ni une anecdote diplomatique. Il est le symbole d’un monde où la puissance se mesure à la capacité de contrôler les territoires stratégiques, les ressources critiques et les routes commerciales de demain.
Après l’Iran, la Colombie, le Groenland… quel autre pays les États-Unis vont-ils s’attaquer ?






