
Port-au-Prince — La décision du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) de révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé continue de susciter interrogations et controverses dans la sphère politique et juridique haïtienne.
Au cœur du débat : la légalité de la résolution adoptée, le respect du quorum requis et l’absence alléguée de publication au Le Moniteur, le journal officiel de la République.
Une lecture attentive du droit administratif haïtien permet toutefois d’éclairer les enjeux, au-delà des positions partisanes.
L’Accord du 3 avril 2024, qui encadre la transition politique et définit les modalités de fonctionnement du CPT, précise en son article 15.1 que le Conseil « décide valablement si au moins cinq de ses membres votants sont présents ».
Selon les informations disponibles, la résolution de révocation aurait été adoptée avec un minimum de cinq voix favorables, remplissant ainsi les conditions de quorum prévues par le texte fondateur de la transition. La validité de la décision ne semble donc pas remise en cause sur ce point.
Contrairement à certaines interprétations, la révocation du Premier ministre ne relève ni du domaine législatif ni d’un décret à portée générale. Il s’agit d’un acte administratif individuel, visant une personne déterminée et produisant des effets juridiques limités à sa situation personnelle.
Cette qualification juridique est déterminante. Les actes à portée générale doivent obligatoirement être publiés au Moniteur pour entrer en vigueur. Ce n’est pas nécessairement le cas pour un acte individuel.
En droit administratif haïtien, la validité d’un acte individuel repose principalement sur sa notification à l’intéressé. Celle-ci permet à la personne concernée de prendre connaissance de la décision, de s’y conformer ou, le cas échéant, de la contester devant les juridictions compétentes.
La publication au Moniteur, quant à elle, répond à un impératif de transparence et d’information du public. Si elle renforce la sécurité juridique, elle ne constitue pas une condition indispensable à la validité d’un acte administratif individuel.
Un acte régulièrement notifié produit donc ses effets juridiques, même en l’absence de publication.
Le principe du parallélisme des formes et des compétences, bien établi en droit public, prévoit que l’autorité habilitée à nommer est également compétente pour révoquer.
Dans le cadre de la transition, le CPT ayant participé au processus de nomination du Premier ministre, il dispose également de la compétence pour mettre fin à ses fonctions, à condition de respecter les règles de quorum et les formes substantielles. Les éléments connus à ce jour indiquent que ces conditions auraient été remplies.
D’un point de vue strictement administratif, la résolution de révocation apparaît donc valable et exécutoire, dès lors qu’elle émane de l’autorité compétente, qu’elle a été adoptée conformément aux règles de fonctionnement du CPT et qu’elle a été notifiée au Premier ministre concerné.
L’absence de publication au Moniteur peut affaiblir la visibilité institutionnelle de la décision, mais n’en annule pas les effets juridiques immédiats.
En l’état, Alix Didier Fils-Aimé ne peut plus être considéré comme Premier ministre en fonction, sauf annulation explicite de la résolution par l’autorité juridictionnelle compétente.
Au-delà de la controverse politique, cet épisode met en lumière les fragilités de la transition et l’importance du respect des principes fondamentaux de l’État de droit.
Dans un contexte institutionnel déjà marqué par l’instabilité, la clarté juridique et le respect des procédures demeurent des conditions essentielles à la crédibilité et à la légitimité du processus de transition.






