
Dans le salon feutré de l’ambassade d’Haïti en Italie, loin des pistes enneigées de Cortina d’Ampezzo, un manteau d’hiver attire tous les regards. Sur le tissu sombre, un cheval rouge surgit, puissant, presque incandescent. Ce n’est pas un simple motif. C’est un symbole. Et, pour Haïti, c’est une déclaration.
À l’approche des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026, Haïti attire l’attention bien au-delà des pistes enneigées. Les tenues officielles de sa délégation, dévoilées à l’ambassade d’Haïti à Rome, sont signées par la créatrice italo-haïtienne Stella Jean et s’inspirent d’une œuvre du plasticien haïtien Edouard Duval-Carrié. À travers un symbole central un cheval rouge stylisé le pays affirme son identité, entre héritage historique, création contemporaine et exigences olympiques.
Connue pour son travail à l’intersection de la mode et des identités postcoloniales, Stella Jean n’a jamais considéré le vêtement comme un simple objet fonctionnel. Pour Haïti, elle a puisé dans une peinture de Duval‑Carrié représentant Toussaint Louverture à cheval, figure fondatrice de la révolution haïtienne.
Mais la présence explicite de Louverture a soulevé une difficulté. Le Comité international olympique interdit toute représentation à caractère politique sur les uniformes officiels. La solution n’a pas été l’effacement total, mais la transformation.
La silhouette humaine a disparu. Le cheval, lui, est resté.



« Le cheval est mouvement, mémoire et énergie. Il permet de transmettre une histoire sans la figer dans une image politique », a expliqué Stella Jean à l’Associated Press lors de la présentation à Rome.
« Le cheval est mouvement, mémoire, énergie », explique la créatrice. « Il porte l’histoire sans la figer. »
Dans la version finale, le cheval rouge stylisé devient l’élément central de la tenue. Il traverse le manteau comme une empreinte visuelle forte, immédiatement reconnaissable. Autour de lui, des couleurs et textures évoquent les paysages tropicaux, en contraste assumé avec l’univers hivernal des Jeux.
Pour les observateurs, ce choix est tout sauf anodin. Le cheval agit comme un substitut symbolique : il rappelle la révolution, la résistance et la liberté, sans enfreindre les règles olympiques. Une manière pour Haïti de se raconter sans demander la permission.
Les tenues ont été réalisées en Italie avec des artisans spécialisés dans les vêtements techniques d’hiver. Mais Stella Jean y a intégré des éléments culturels précis :
Chaque détail vise à condenser une histoire complexe dans l’espace restreint d’un uniforme olympique.
Haïti n’est pas un pays de neige.
« Nous voulons montrer une autre image d’Haïti, différente de celle souvent associée aux crises », a déclaré un membre de la délégation haïtienne à l’Associated Press. « Ces Jeux sont une occasion de rappeler que notre culture, notre créativité et notre histoire continuent d’exister sur la scène mondiale. » Sa participation aux Jeux d’hiver reste numériquement modeste, mais symboliquement puissante. Dans un contexte marqué par l’instabilité politique, l’insécurité et une crise humanitaire persistante, l’apparition d’Haïti sur la scène olympique mondiale prend une dimension particulière.
« Nous voulons montrer une autre image du pays », a déclaré un membre de la délégation lors de la présentation à Rome. « Une image de créativité, de résilience et de continuité culturelle. »
Plus qu’un équipement sportif, la tenue dessinée par Stella Jean agit comme un langage visuel. Elle dit qu’Haïti existe au‑delà des crises. Qu’elle peut dialoguer avec le monde par l’art, la mode et le sport. Et que même dans le froid alpin, son histoire reste brûlante.
Aux Jeux olympiques d’hiver de 2026, Haïti ne se contentera pas de participer. Elle racontera quelque chose. Et cette fois, le message sera cousu dans le tissu.






