
L’annonce selon laquelle Nicolás Maduro et son épouse auraient été capturés sur la base d’accusations de narcotrafic soulève une question fondamentale : le fondement juridique avancé est-il cohérent avec la réalité des faits et du droit international ?
À l’examen, l’argument apparaît profondément contestable, tant sur le plan statistique que juridique.
Le Venezuela ne figure ni parmi les principaux pays producteurs de drogue, ni parmi les plus grands pays consommateurs au monde.
Les données internationales désignent historiquement d’autres États comme centres majeurs de production de cocaïne, notamment la Colombie, le Pérou et la Bolivie.
Dès lors, l’idée d’un “narco-État vénézuélien” ne repose pas sur des indicateurs objectifs globaux, mais sur une interprétation beaucoup plus étroite.
Les accusations formulées par le Department of Justice ne portent pas sur la fabrication ou la consommation de stupéfiants, mais sur :
Cette approche repose sur la juridiction extraterritoriale, un mécanisme juridique controversé par lequel les États-Unis estiment pouvoir poursuivre toute personne dont les actes auraient des effets sur leur territoire, même si ces actes ont lieu à l’étranger.
En droit international coutumier :
Or, aucune juridiction internationale — ni la Cour pénale internationale, ni une instance onusienne — n’a émis de mandat pour narcotrafic contre Nicolás Maduro.
L’accusation reste donc un acte unilatéral, fondé sur le droit interne américain, sans validation internationale.
Même si l’hypothèse d’un transit de drogues par le Venezuela était établie — ce qui reste débattu — elle ne permet pas automatiquement d’imputer une responsabilité pénale personnelle au chef de l’État.
Assimiler :
constitue un saut juridique majeur, rarement accepté par les standards internationaux.
Le caractère problématique de cette justification apparaît encore plus clairement lorsqu’on observe que :
Cette sélectivité alimente l’idée que l’argument du narcotrafic fonctionne davantage comme outil politique et narratif que comme fondement juridique universel.
Si l’arrestation d’un chef d’État étranger pouvait être justifiée par une simple inculpation nationale pour narcotrafic :
L’argument du narcotrafic, tel qu’il est avancé pour justifier l’arrestation de Nicolás Maduro, apparaît :
Il ne constitue pas, à lui seul, une base solide et universellement reconnue pour l’arrestation d’un président en exercice.
Au-delà du cas vénézuélien, cette affaire pose une question essentielle : le droit international peut-il survivre à sa subordination aux intérêts des grandes puissances ?






