
À deux semaines de la fin officielle de son mandat, le Conseil présidentiel de transition accélère une décision controversée qui pourrait redessiner l’issue de la transition politique haïtienne.
Port-au-Prince, 23 janvier 2026 —
Le Conseil présidentiel de transition (CPT) a annoncé, jeudi 23 janvier, avoir décidé à la majorité qualifiée de révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, en dépit des mises en garde répétées de la communauté internationale. L’annonce a été faite publiquement par deux conseillers présidentiels, Leslie Voltaire et Edgard Leblanc Fils, dans un contexte de fortes tensions politiques et institutionnelles.
Selon leurs déclarations, un Premier ministre par intérim a été désigné — sans que son identité ne soit révélée — pour une période de 30 jours, chargé d’expédier les affaires courantes en attendant un accord politique plus large. À défaut de consensus d’ici le 6 février 2026, le CPT affirme qu’« une alternative » sera proposée. Le conseil réitère par ailleurs son intention de quitter le pouvoir le 7 février 2026, date butoir fixée par les accords de transition. 1
La révocation du chef du gouvernement intervient à un moment particulièrement sensible. Le mandat du CPT arrive à son terme, les élections promises n’ont pas encore pu être organisées, et la situation sécuritaire demeure critique dans plusieurs régions du pays. Pour de nombreux observateurs, cette décision fragilise davantage une transition déjà marquée par des divisions internes et un déficit de légitimité démocratique.
Des partenaires internationaux — au premier rang desquels les États-Unis, mais aussi le Canada, l’Union européenne et les Nations unies — avaient explicitement déconseillé toute modification majeure de l’architecture gouvernementale à ce stade du processus. Ils craignent qu’un changement de Premier ministre n’aggrave l’instabilité et ne complique les efforts en cours pour restaurer un minimum d’ordre institutionnel.
Sur le plan du droit, la décision du CPT soulève de sérieuses interrogations. En temps normal, la Constitution haïtienne prévoit que la révocation d’un Premier ministre relève d’un vote de censure parlementaire. Or, en l’absence d’un Parlement fonctionnel, le CPT s’appuie sur les accords politiques de transition, dont l’interprétation et la portée juridique restent contestées.
Plusieurs juristes estiment que, faute de publication officielle dans Le Moniteur, la révocation pourrait être considérée comme politiquement annoncée mais juridiquement inachevée, ouvrant la voie à des contestations internes et internationales.
Le compte à rebours est désormais lancé :
Ce calendrier serré alimente la crainte d’un vide institutionnel si aucun compromis n’est trouvé, ou si la transition débouche sur une impasse politique supplémentaire.
Au-delà de la question du Premier ministre, cette crise révèle les fragilités structurelles de la transition haïtienne : absence de consensus national, pression internationale croissante, insécurité persistante et institutions affaiblies. La décision du CPT pourrait soit précipiter une recomposition politique de dernière minute, soit ouvrir une nouvelle phase d’instabilité à l’approche d’une date symbolique de l’histoire politique du pays.
Pour l’instant, une chose est certaine : à moins de deux semaines du 7 février, l’avenir immédiat de la gouvernance haïtienne reste profondément incertain.
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