Haïti Sécurité : Pourquoi les nouveaux « chars » n’en sont pas vraiment et pourquoi c’est une bonne nouvelle

Samy PrimeauNational4 hours ago2.1K Views

À Port-au-Prince la capitale d’Haïti la silhouette massive de blindés chenillés débarquant sur le tarmac de la douane haïtienne a enflammé les réseaux sociaux. Pour la population et certains officiels, le verdict est tombé : la Police Nationale d’Haïti (PNH) a enfin reçu ses « chars ». Mais derrière l’acier et les chenilles, la réalité technique est plus subtile… et bien plus adaptée à la réalité du terrain.

L’illusion du géant : Un taxi blindé plutôt qu’une arme de siège
Il est facile de comprendre la confusion. Avec son châssis imposant et ses chenilles métalliques, le K200 (KIFV) récemment livré rompt radicalement avec les blindés à roues auxquels les Haïtiens étaient habitués. Pourtant, dans le jargon militaire, le K200 n’est pas un char, mais un Véhicule de Combat d’Infanterie (VCI).

La différence n’est pas qu’une question de vocabulaire ; elle réside dans la mission. Là où un char est conçu pour détruire, le VCI est conçu pour protéger et projeter.

Les trois piliers d’une confusion technique
Pour les experts, appeler cet engin un « char » est une erreur de précision pour trois raisons majeures :

  • L’absence de canon : Un char se définit par son canon de gros calibre (105 mm ou 120 mm) monté sur une tourelle pivotante. Le K200, lui, est équipé de mitrailleuses pour l’autodéfense.
  • Transport vs Destruction : Le char est une plateforme de tir. Le K200 est un « taxi du champ de bataille ». Sa priorité est de transporter une douzaine de policiers d’élite en toute sécurité au cœur des zones de conflit.
  • Le poids du blindage : Un véritable char pèse entre 40 et 70 tonnes. Le K200 en pèse environ 13. S’il est impénétrable pour les fusils d’assaut (type AK-47 ou Galil), il reste un blindé « léger » comparé aux mastodontes de combat.

« C’est essentiellement une boîte blindée mobile. Son but est de déposer des unités d’élite directement sur l’objectif sans qu’elles soient exposées aux tirs nourris durant leur progression. »

Le choix stratégique : Pourquoi des chenilles ?
Si la PNH a opté pour ce modèle spécifique, c’est pour répondre à un défi majeur : le franchissement. Dans les quartiers contrôlés par les gangs, les barricades ne sont plus de simples pneus enflammés, mais des conteneurs, des carcasses de camions et des blocs de béton.

Là où un blindé à roues risque de s’embourber ou de voir ses pneus déchiquetés, le système à chenilles du K200 lui confère une adhérence et une force de poussée inégalées. Il ne contourne pas l’obstacle : il l’écrase ou le déplace.

Un tournant tactique aux multiples défis
L’arrivée de ces machines marque un tournant. Elles offrent à la PNH la possibilité de pénétrer dans des zones jusqu’ici considérées comme des forteresses inaccessibles. Cependant, cette puissance vient avec des contraintes :

  • La maintenance : Ces engins chenillés sont exigeants mécaniquement, surtout sur le bitume chauffé et souvent dégradé de la capitale.
  • La visibilité : À l’intérieur, la visibilité est extrêmement limitée. Dans l’enfer urbain de Port-au-Prince, la coordination avec les unités au sol sera vitale pour éviter que ces « boîtes d’acier » ne soient isolées.

Qu’on les appelle « chars » par abus de langage ou « blindés chenillés » par rigueur, ces nouveaux alliés de la PNH ne sont pas là pour le spectacle, mais pour briser les lignes de front urbaines.

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