
Une vidéo virale affirme qu’un homme a été arrêté et emprisonné dans l’État de l’Oregon pour avoir simplement collecté l’eau de pluie tombée sur sa propriété. Présentée comme une preuve de dérive autoritaire, l’histoire a suscité une vague d’indignation. La réalité est plus complexe.
L’affaire concerne Gary Harrington, un éleveur du sud de l’Oregon, poursuivi au début des années 2010 pour avoir construit trois grands réservoirs artificiels sur son terrain afin de capter l’eau de pluie et la fonte des neiges.
Harrington affirmait que ces réserves servaient à la lutte contre les incendies et à l’approvisionnement de la faune sauvage. Mais pour les autorités, ces réservoirs interceptaient de l’eau destinée à des cours d’eau protégés, sans droits d’usage légalement enregistrés.
Dans l’Ouest américain, l’eau est régie par un système strict de droits d’eau hérité du XIXᵉ siècle. Selon ce cadre juridique, l’eau – même issue de précipitations – est considérée comme une ressource publique lorsqu’elle alimente des bassins versants, des rivières ou des usages en aval déjà reconnus.
Contrairement à ce que suggèrent les vidéos virales, Harrington n’a pas été condamné pour avoir utilisé un simple baril d’eau de pluie. Il a été sanctionné pour appropriation illégale de ressources hydriques et, surtout, pour refus répété de se conformer aux injonctions judiciaires lui ordonnant de retirer les installations. La peine de prison, courte, est liée à ce refus.
Le cas a néanmoins cristallisé un malaise profond aux États-Unis : jusqu’où l’État peut-il réguler l’usage des ressources naturelles sur une propriété privée ? Cette question explique la longévité de l’affaire dans l’imaginaire collectif.
Aujourd’hui, il est important de préciser que la collecte domestique d’eau de pluie est légale en Oregon, sous conditions. L’affaire Harrington reste exceptionnelle, ancienne et liée à des installations de grande ampleur.
Présenter cette histoire comme l’arrestation d’un homme pour avoir “possédé la pluie” relève davantage de la désinformation que du journalisme.






